L'Histoire de l'Auberge Rouge
L'Histoire se déroule au début des années 1800, sur une bonne vingtaine d'années d'après ce que nous savons. Le plateau Ardéchois (entre 1200 et 13000m d'altitude) est désertique, les habitations sont rares, quelques hameaux, c'est une région monotone, recouverte de bruyères et d'herbes, de roches basaltiques. Les quelques arbres que l'on y trouve sont essentiellement des conifères, de grandes forêts bordent cependant le plateau de plus de 9000 hectares. L'été est cour et chaud, l'hiver (qui dure jusqu'au mois de mai) est rude avec des températures extrêmes et souvent des tempêtes de neige.
En ces lieux reculés avec des conditions difficiles, il n'était pas rare d'apprendre des disparitions... accidentelles ou autres... A cette époque, le plateau était une concentration de criminels, de bandes organisées, de terroristes... c'était une région peu sûre.
La Famille Martin
C'est en 1808 que les époux Martin, Pierre et sa femme, Marie Breysse s'installèrent à Peyrebelle, dans la ferme " Le Coula ", que Marie eue en héritage de ses parents. Très vite comprenant le potentiel que le Hameau offrait, étant sur une route très fréquentée, ils transformèrent leur demeure en auberge-relais. Mais, ils avaient des projets plus ambitieux, édifier une véritable auberge à Peyrebelle et c'est ce qu'ils firent en 1818. L'auberge eue très vite bonne réputation et les époux furent vite appréciés pour leur générosité, ils étaient généreux avec les mandiants en leur offrant parfois la nuitée, et avec leur connaissance en prêtant de l'argent. Bref les affaires marchent bien et ils achètent de nouvelles terres.
Les Rumeurs
Mais leur " fortune " commença à faire jaillir des rumeurs, elle fut si rapide et dans un lieu si retiré qu'elle ne pouvait provenir que de mauvaises actions, d'autant qu'à leur arrivée, selon les dires, ils n'avaient qu'une vache noire et une chèvre blanche. Bien évidemment ils avaient leurs complices, leurs deux filles Marguerite et Jeanne-Marie, Jean Rochette, le domestique et André Martin, le neveu. La rumeur commença très tôt, au début de leur activité, ce fut celle du meurtre d'un riche marchand juif qui voyageait avec son cheval, ils l'auraient tué pour lui dérober sa bourse contenant plusieurs milliers de francs. Son cheval aurait été retrouvé mort au fond d'un ravin. Ce meurtre marqua le début d'une longue série... En peu de temps, on leur attribua les nombreuses disparitions (même de ceux qui succombaient à cause du froid ou de la neige), ils tuaient pour s'approprier l'argent de leurs victimes.
Ils faisaient disparaître certains des corps dans la chaudière, on dit même qu'ils engraissaient les porcs avec. On les soupçonnait, on les craignait, mais personne ne les dénonça, d'autant plus qu'ils étaient appréciés par les représentants de l'ordre à qui ils réservaient toujours un accueil chaleureux. Ils auraient commis plusieurs dizaines de meurtres jusqu'à leur arrestation en 1831. C'est à cette date que tout s'arrêta pour eux. A cette époque, les époux, étant plus âgés, avaient laissé l'auberge en gérance, ils étaient retournés au Coula où ,pour arrondir leur fin de mois, ils ré-ouvrirent l'auberge des débuts, de plus petite taille. Leurs filles étaient parties depuis bien longtemps, on dit qu'elles ne supportaient plus tous ces meurtres
L'Affaire Enjolras
C'est le 13 octobre 1831 que tout commence (ou tout fini), un certain Jean-Antoine Enjolras aurait disparu, ce cultivateur de 72 ans, habitant à Saint Jean de Tartas, n'était pas revenu de la foire de Saint Cirgue en Montagne où il était allé la veille pour acheter du bétail. Ses neveux, inquiets, se mirent à sa recherche et en informèrent la maréchaussée. Le vieillard étant connu et apprécié, très rapidement, des témoignages affirmaient l'avoir vu près de l'auberge de Peyrebelle. D'après d'autres témoignages, le cultivateur aurait été vu sur la route en direction de Peyrebelle, en état d'ébriété, à la recherche d'une génisse. Les enquêteurs allèrent jusqu'à l'auberge rouge mais pas jusqu'au Coula, là où résident désormais les Martin.
Le 26 octobre1831, des pêcheurs découvrent un corps au lieu-dit « Ronc-Gerbier », au pied d'une falaise. Le corps fut identifié par ses neveux, il s'agissait bien de Jean-Antoine Enjolras, il a été retrouvé à environ 10 km de Peyrebelle. La thèse de l'accident fut vite écartée, tout d'abord, le corps semblait avoir été retenu par des piquets, plus tard l'autopsie montrera que certaines blessures on été faites après le décès. Il s'agissait bien d'un meurtre, commis certainement dans la nuit du 12 au 13 octobre, date à laquelle des témoins affirment l'avoir vu pour la dernière fois à Peyrebelle. Le 1er novembre au soir, Pierre et André Martin furent arrêtés au Coula, le lendemain, ce fut le tour de Jean Rochette, le domestique, lorsqu'il revenait sur Peyrebelle. Ils furent transférés de Lanarce à Largentière, pour l'enquête officielle. N'envisageant pas qu'une femme soit capable de tels actes, Marie Breysse ne fut pas arrêtée, pas dans un premier temps du moins, mais très vite, elle intimida les témoins, les menaçât, tenta de faire accuser d'autres, à tel point qu'elle fut elle aussi arrêtée et transférée à Largentière. Mais ces quelques jours de liberté lui ont certainement suffit pour effacer les traces des derniers meurtres...
Des présomptions, oui, mais pas de réelles preuves pour cette affaire, encore moins, pour les meurtres présumés. Tout a été fouillé, à l'Auberge rouge et au Coula, rien, il ne reste rien, pas de quoi les accuser. Mais, c'est tout de même à ce moment que les langues se délient, plusieurs témoins affirment avoir été victimes de vol et même de tentative de meurtre ou encore, d'avoir assisté à un meurtre commis par le clan. Oui, mais cela ne semble pas suffisant, et puis, ces témoignages arrivent trop tard, parfois plusieurs années après les faits, quelle crédibilité leur donner ? Pourquoi ne pas avoir parlé plus tôt ? Par peur des représailles, certainement ...
Le procès
Trop tard pour les autres affaires, mais pas pour celle d'Enjolras, en effet un, puis plusieurs indices allèrent confirmer les soupçons qui pesaient sur les Martin. Le jour de la découverte de Enjolras, un auxiliaire de justice croisa, peu de temps après s'être rendu près du corps, Pierre Martin qui fit allusion à l'argent que la victime avait dans sa poche, alors que personne n'était sensé le savoir... Premier indice. Ensuite, ce témoignage troublant de cet homme qui racontait l'histoire que son ami décédé depuis peu lui avait confié, il avait rencontré Pierre Martin avec 2 hommes transportant sur une charrette, un cadavre. Les hommes l'avaient menacé, puis traqué, mais on ne sait par quel miracle, il réussit à s'enfuir, mais le choc fut tel, qu'il ne s'en remit pas et mourus quelques jours plus tard, après avoir raconté son histoire... Deuxième indice. Après, il y avait l'incohérence de témoignages, les 2 ouvriers agricoles de Martin étaient au Coula ce soir là et ils affirment que la couturière occasionnelle de Mme Martin était là le soir, alors que cette dernière affirme qu'elle est rentrée chez elle à St Cirgue avant la tombée de la nuit. Et puis, on les aurait vu, Enjorlras et Martin, à la foire de St Cirgue, en train de discuter et de boire un verre... troublante coïncidence surtout que Pierre Martin niais toujours connaître la victime.
L'enquête
L'enquête dura jusqu'en 1833, les suspects furent officiellement accusés du meurtre de Jean-Antoine et transférés à Privas. La défense demanda un complément d'enquête, c'est là qu'on entendit parler d'un homme qui était présent au Coula cette nuit du 12 au 13 octobre... Les témoignages s'affinèrent, il s'agirait d'un certain Laurent Chaze, vagabond qui parcourait les routes d'Ardèche et qui vivait de mendicité et de petits travaux. On retrouva Laurent Chaze et les enquêteurs purent retracer la journée et la nuit des évènements. D'après les témoins, Enjolras et Martin, tous deux, habitués de la foire de Saint Cirgue se sont rencontrés, (ils auraient d'ailleurs fait souvent affaires ensemble) et auraient discuté tout en buvant un verre, (chose que Enjolras n'avait pas l'habitude de faire), Martin devait quelques écus à Enjolras, pour l'achat d'une vache, il y avait déjà quelque temps. Martin aurait proposé à Enjolras de passer prendre son dû à Peyrebelle en revenant de St Cirgue. Les hommes se quittèrent en bons termes et Enjolras continua à faire la tournée des bars avec la génisse qu'il avait achetée.
Le vieil homme, imbibé d'alcool et n'ayant pas pour habitude de boire repris la route pour rentrer chez lui, mais sur le trajet, égara sa génisse. Incapable de la retrouver et certainement pas en état, il décida d'aller en direction de Peyrebelle. Il alla directement au Coula, où il savait pouvoir trouver Pierre Martin. Il y trouva Pierre, sa femme, son neveu, son domestique, ses deux ouvriers agricoles et la jeune couturière. Comme ils allaient passer à table, Pierre Martin lui proposa de se restaurer avec eux. C'est à la fin du repas que Laurent Chaze fait son entrée, il connaissait bien les lieux et les propriétaires, il se mit au coin du feu, mangea une soupe. Les Deux ouvriers allèrent se coucher. Peu de temps après c'est Enjolras qui alla se coucher dans la grange (il préférait dormir dans le foin), accompagné par Rochette qui l'éclairait. Ensuite, se fut le tour de Laurent Chaze, qui ne pouvant se payer une chambre, opta pour la grange, où Rochette le conduisit, également, c'était près d'Enjolras. Quelques instants plus tard les trois hommes (Martin, son neveu et Rochette) apparurent dans le noir et se dirigèrent vers Enjolras, le mendiant, lui, faisait semblant de dormir. Marie Breysse les rjoignit avec un pot et une lampe qu'elle remit aux trois hommes et repartit.
Les hommes se jetèrent sur Enjolras essayèrent, de lui faire boire le contenu du pot (on ne sait pourquoi), une infusion d'après ce qu'ils disaient, tout à coup, Chaze entendi comme des coups de marteau, puis des cris de douleurs...plus rien. Pendant qu'ils enlevaient le corps, il entendit l'un des hommes dire « cette nuit, nous avons fait 100 écus » Plusieurs fois dans la nuit, il sentit qu'on le surveillait, mais lui, faisait toujours semblant de dormir. Au matin, Chaze se rendit à la cuisine pour régler la nuit, qui lui fut offerte, sorti de ce lieu diabolique, il s'en alla en direction de Lanarce, sur la route, il ne manqua pas de raconter son effroyable nuit à ceux qu'il rencontrait. La suite, on la connaît...
Le procès débutât à Privas le 18 juin1833, dans la matinée, une immense foule était rassemblée aux portes du tribunal, beaucoup voulaient l'exécution sans procès de ces aubergistes sanguinaires. De nombreux journalistes couvraient l'évènement, c'était ce qu'on peut appeler un procès médiatique.
Les Chefs d'accusation
Loin des centaines de crimes qu'on leur attribuait, l'acte d'accusation évoqua, certes plusieurs crimes mais pour lesquels il y avait prescription, et qui étaient cité pour mémoire. Finalement, 6 chefs d'accusation furent retenus :
Meurtre de Jean-Antoine Enjolras en octobre 1831.
La tentative de meurtre contre Michel Hugon
La tentative de meurtre contre André Peyre
La tentative de meurtre contre Jean-Baptiste Bourtoul
La tentative de meurtre contre un inconnu
Le vol commis contre Cellier
Avec le manque de preuves pour les autres affaires, les accusés ne furent inquiétés que pour le meurtre de Jean-antoine Enjolras. Leur culpabilité ne faisait aucun doute, d'autant que la couturière, Marie Armand est revenu sur son témoignage en affirmant qu'elle avait bien passé la nuit du 12 au 13 octobre au coula et que Jean-Antoine Enjolras était bien présent, ainsi que les ouvriers, le domestique, le neveu, le couple et un vagabond qu'elle ne semblait toutefois pas reconnaître.
Le Jugement
Le 25 juin 1833, le jugement fut rendu : Pierre Martin, Marie Breysse et Jean Rochette sont déclarés coupables du meurtre de Jean-Antoine Enjolras. Les 3 sont condamnés à la peine capitale, c'est à dire la guillotine. André Martin a été aquité car il était sois-disant sous l'influence et la direction de son oncle, il a été libéré immédiatement.
Le recours en grace
Le 26 juin, les accusés signèrent leur pourvois en cassation qui fut rejeté le 13 août 1833. Démuni, leur avocat, Maître Croze adresse un pourvoi en grâce. Le Roi Louis-Philippe examine le dossier de Peyrebelle, mais, face à la France entière qui réclame l'exécution des aubergistes de Peyrebelle, il ne peut rien faire et encore moins pour la femme que l'avocat pensait sauver de la décapitation du fait de son sexe. Cette même femme aux yeux de la population, plus machiavélique que son mari, elle serait l'instigatrice de toute cette macabre histoire.
La décision est inévitable et le roi ne peut se permettre un faux pas qui serait mal vu par le peuple, le 18 septembre 1833, le Roi Louis-Philippe repousse le recours en grâce Royale. Les condamnés seront exécutés. Le 30 septembre, les condamnés sont avertis de la décision, Pierre Martin et Jean Rochette se confessent à l'aumônier, Marie, elle, tétanisée refusa de le voir.
Les exécutions
Le 1er octobre, le convoi de prisonniers, encadré par des gendarmes et accompagné de 2 prêtres, parti, direction Peyrebelle. Les curieux, les spectateurs, venus parfois de loin bordaient le long trajet (plusieurs jours de marche), pour apercevoir les condamnés. A Burzet, les prêtres, ne supportant plus l'ambiance lourde et le calvaire des condamnés, insultés, dévisagés, laissèrent le cortège et se firent remplacer. Le convoi s'arrêta à Mayres pour passer la nuit. Arrivé à Lanarce, une foule imposante les accueillait, l'annonce de leur exécution avait rassemblé tout le village, c'était un évènement... Puis à Peyrebelle, on parle de 30000 personnes venues de tout le plateau et plus loin encore, pour assister au spectacle.
Les exécutions eurent lieu le 2 octobre 1833 devant l'Auberge, la première fut celle de Marie Breysse, on dit qu'elle aurait craché sur le crucifix lorsque le prêtre le lui présenta, lorsque sa tête tomba, la foule cria de joie. Puis se fut le tour de Pierre Martin et enfin de Jean Rocchette qui criât « Maudits maîtres, que m'avez-vous fait-faire », il se débattit puis fut guillotiné.
Etaient-ils coupables de tous ces meurtres ou n'était-ce que des rumeurs lancées par une population jalouse de leur bonne fortune ? Beaucoup de témoignages mais pourquoi aussi tardifs ? Si tout le monde les soupçonnait, pourquoi n'ont-il pas été inquiété avant ? Ils auraient exercé leurs crimes machiavélique pendant prés d'un quart de siècle en toute impunité. Si les crimes présumés antérieurs à l'affaire Enjolras n'étaient pas prouvés celui-ci en tout cas leur a été fatal. Enjolras a bien été assassiné d'après les médecins et d'après 2 témoins était bien au Coulas la nuit du 12 au 13 octobre 1831 et n'a plus jamais été revu en vie après celle-ci.